Fait marquant : 5,5 millions d’individus
Au total, plus de 5,5 millions d'individus ont reçu de l'aide alimentaire de la part des Restos au moins une fois entre 2018 et 2025.
L’extrême pauvreté dans les pays riches : Analyse empirique sur données françaises
L'extrême pauvreté reste à ce jour un angle mort des études économiques consacrées aux inégalités de revenus et de richesse. Les recherches récentes se concentrent davantage sur l'autre pôle de la distribution — la compréhension des mécanismes économiques liés aux grandes fortunes. Cette relative absence de travaux académiques d'ampleur sur la pauvreté tient au fait que les données auxquelles les chercheurs ont accès couvrent mal les populations les plus défavorisées, tout particulièrement les sans-abri. Or ces questions sont particulièrement d'actualité : de nombreux indicateurs documentent un accroissement très rapide de la grande précarité dans plusieurs pays riches — en France, au Royaume-Uni, ou encore aux États-Unis — au cours de la dernière décennie.
Les données des Restos du Cœur nous offrent une opportunité unique d’apporter un éclairage neuf sur cette partie de la population. Ces données inexploitées (et anonymisées) sont à la fois extrêmement riches — elles contiennent une part très importante des plus précaires sur tout le territoire — et disponibles en temps réel, quelques mois seulement après leur collecte à fréquence semi-annuelle. Le maillage territorial des Restos est en outre particulièrement dense : on dénombre 1 928 centres de distribution des Restos du Cœur, soit en moyenne 1 centre pour 35 000 habitants. Nous estimons que la quasi-totalité de la population française se trouve dans un rayon de 20 km d’un site de distribution, avec une distance moyenne comprise entre 5 et 10 km.
Ces données nous permettent donc de suivre les personnes accueillies pendant toute la durée de leur passage aux Restos. Pour chacun des individus, nous observons entre autres leurs caractéristiques démographiques et familiales, leur code postal — qui nous permet de les relier aux conditions économiques spécifiques à leur bassin de vie, telles que les taux de chômage ou d’inflation —, leurs sources de revenus — salaires et situation sur le marché du travail, prestations sociales, retraites —, certaines de leurs dépenses — loyer, charges, pensions alimentaires, remboursements de dettes —, leur situation résidentielle — sans-abrisme ou, plus généralement, précarité résidentielle, logement social, location privée ou propriété —, et la fréquence à laquelle ils visitent les Restos du Cœur. Nous avons donc accès à des informations précieuses et très détaillées sur les personnes accueillies, leurs finances et leurs comportements de consommation.
Notre article exploite ces données afin d’éclairer les déterminants, la dynamique et les conséquences de l’extrême pauvreté en France.
1 KU Leuven 2 Brown University 3 Toulouse School of Economics 4 University of Mannheim 5 Federal Reserve Bank of Chicago
Trois situations de précarité emboîtées dans les données de l’étude
Cette synthèse se focalise principalement sur la précarité résidentielle et le sans-abrisme. Le sans-abrisme au sens large est un sous-ensemble de la précarité résidentielle, elle-même observée au sein de la précarité alimentaire. L’article originel comporte les résultats pour l’ensemble de la population accueillie aux Restos en situation de précarité alimentaire.
Précarité alimentaire
Personnes accueillies aux Restos du Cœur, admises selon leur reste à vivre — une mesure de consommation — et appartenant à des ménages qui se désignent comme ayant besoin d’aide alimentaire. Ces personnes peuvent être en précarité résidentielle, locataires dans le parc privé ou social ou, plus rarement, propriétaires.
Précarité résidentielle
Personnes sans abri, sans logement personnel, ou vivant dans un logement précaire ou inadéquat. Ces situations sont déclarées dans un champ obligatoire renseigné par les personnes accueillies (en suivant la typologie ETHOS).
Sans-abrisme au sens large
Personnes vivant à la rue ou sans logement personnel, y compris lorsqu’elles sont hébergées temporairement en CHU, en CHRS ou à l’hôtel. Ces situations sont déclarées dans un champ obligatoire renseigné par les personnes accueillies (en suivant la typologie ETHOS).
Première partie
Analyse des données brutes
Notre ensemble de données n’a, à ce jour, pas été exploité par des économistes ; aussi la première partie de notre article consiste-t-elle à mettre en évidence un certain nombre de statistiques descriptives sur les personnes accueillies par les Restos du Cœur.
Analyse des données brutes · Question 1
1. Combien d'individus la précarité alimentaire et résidentielle concernent-elles?
Les Restos du Cœur ont accueilli 1,3 million de personnes en 2025, soit près de 2 % de la population française.
Fait marquant : 1 personne sur 10 exposée
En d’autres termes, près d’un dixième des personnes vivant en France courent, à un instant donné, le risque de tomber dans la précarité alimentaire au cours de la décennie qui suit.
Fait marquant : +62 % de personnes en précarité résidentielle entre 2018 et 2025.
Cette accélération intervient après la pandémie. Sur une période plus longue, le nombre de personnes accueillies aux RDC a progressé de 37 % entre 2018 et 2025.
Comparaison internationale : évolution du taux de sans-abrisme en France et en Angleterre
Nombre de personnes pour 100 habitants
Sources : France — données des Restos du Cœur (RDC) ; Angleterre — Ministry of Housing, Communities and Local Government.
L’un des objectifs de notre article est de déterminer les facteurs qui ont entraîné cette évolution. La poussée inflationniste des dernières années est évidemment l’un des principaux suspects, que nous étudions en détail.
Analyse des données brutes · Question 2
2. Comment la France se place-t-elle parmi les pays riches?
La comparaison de l’extrême pauvreté entre pays riches est délicate, en particulier en ce qui concerne le sans-abrisme. Les différents pays n’utilisent pas de méthodologie commune pour mesurer son étendue — par exemple, certains incluent toutes les formes de précarité résidentielle tandis que d’autres se restreignent aux personnes qui dorment dans la rue. De plus, les ménages en situation de précarité résidentielle sont par nature difficiles à localiser et donc souvent sous-estimés. Tout en gardant ces réserves en tête, les données de l’OCDE nous permettent de dresser un tableau comparatif entre pays en 2022.
Taux de sans-abrisme
Restos du Cœur + inclut les formes larges de précarité résidentielle observées dans les données des Restos du Cœur ; RDC utilise une définition comparable à l’OCDE.
Les définitions internationales de l’insécurité résidentielle ne sont pas parfaitement comparables, et les populations concernées sont difficiles à recenser.
Fait marquant : La France, représentée en rouge vif ci-dessous, a l'une des parts de sans-abris les plus élevées de l'OCDE, estimée à 0,49 % de la population.
Fait marquant : En utilisant une méthodologie aussi proche que possible de celle de l’OCDE, nous estimons que les personnes sans abri accueillies par les Restos représentent 0,42 % de la population, contre 0,49 % dans l’estimation de l’OCDE. Lorsque nous incluons toutes les formes de précarité résidentielle, cette proportion atteint 0,62 % de la population.
Sauf indication contraire, la suite de la note se concentre sur la sous-population des résidents français. Ce choix repose principalement sur leur accès homogène aux différents transferts sociaux (RSA, allocations logement, etc.) ainsi qu’au logement social.
Analyse des données brutes · Question 3
3. Quels sont les âges les plus exposés au risque d'extrême pauvreté?
Fait marquant : Les enfants et adolescents sont très largement sur-représentés dans l’extrême pauvreté (et à plus forte raison parmi les sans-abri), tandis que les personnes âgées y sont, à l'inverse, sous-représentées. Il y a près de 25 % d’enfants âgés de 0 à 9 ans parmi les personnes en précarité résidentielle, ces enfants vivant quasi systématiquement dans une famille composée d’une mère seule, alors que la part de cette tranche d’âge dans la population n’est que de 10 %.
Répartition par âge
Ensemble des âges
Part dans la population ou le groupe
Enfants et adolescents
détail de 0 à 18 ansPart dans la population ou le groupe
Zoom sur la pyramide des âges des enfants et adolescents à partir de celle de gauche.
Lecture : Ce graphique montre la pyramide des âges dans notre ensemble de données (en rouge), dans notre sous-échantillon constitué des personnes en précarité résidentielle (en bleu), et en France dans son ensemble (en gris clair). Il y a par exemple un peu plus de 20 % d’enfants âgés de 0 à 9 ans parmi les personnes accueillies aux Restos et entre 20 et 25 % parmi celles en précarité résidentielle, alors que cette tranche d’âge représente 10 % de la population française.
Analyse des données brutes · Question 4
4. Combien de temps dure un épisode d’extrême pauvreté?
L’un des résultats les plus inattendus de notre analyse des données brutes est que la précarité alimentaire et la précarité résidentielle sont toutes deux des phénomènes transitoires.
Fait marquant : La durée moyenne d’un passage aux Restos est d’environ 18 mois, et celle d’une expérience de précarité résidentielle ou de sans-abrisme est plus courte encore (17 mois). Seuls 14 % des individus qui passent par les Restos y demeurent au-delà de trois ans, et il est rare — environ 10 % des cas — qu’ils y retournent après une absence d’au moins une année.
Précarité alimentaire et sans-abrisme.
Dans les deux cas, la première campagne concentre la plus grande part des épisodes.
Nombre de campagnes aux Restos
Lecture : Près de 40 % des épisodes de précarité alimentaire et un peu plus de 35 % des épisodes de sans-abrisme ne durent qu’une seule campagne.
18 moisdurée moyenne aux RDC, mesurée par le nombre de campagnes
17 moisdurée moyenne dans le sans-abrisme
La durée varie avec l’âge.
Les moins de 25 ans passent moins de temps, en nombre de campagnes, au sein des Restos.
Nombre de campagnes aux Restos
Lecture : Près de 45 % des personnes de moins de 25 ans, près de 40 % de celles âgées de 25 à 64 ans et plus de 35 % de celles âgées de 65 ans ou plus ne restent aux Restos qu’une seule campagne.
21 moisdurée moyenne après 65 ans, mesurée par le nombre de campagnes
Il est important de comprendre que ces deux statistiques — un risque de courte durée mais très répandu — sont les deux faces d’une même médaille. Le fait que les personnes accueillies restent relativement peu de temps aux Restos signifie que l’échantillon se renouvelle constamment et que, par conséquent, de nombreux habitants y seront présents tôt ou tard.
Analyse des données brutes · Question 5
5. Quelles sont les situations d'emploi, les revenus et dépenses des personnes accueillies?
Les données des Restos nous donnent un aperçu très fin de l’emploi et des finances des personnes accueillies.
Revenus
Parmi l’ensemble des personnes accueillies, et inclus dans ces 90 % :
3 %étudiants
10 %en situation de handicap
11 %retraités
Ceci est bien sûr en partie dû au fait que c’est précisément lorsqu’ils se retrouvent dans cette situation que les ménages ont recours à l’aide des Restos. Cette exclusion du marché du travail a pour conséquence que la principale source de revenu des personnes accueillies en âge de travailler repose sur l’aide sociale, notamment à travers le RSA, l’assurance chômage, les allocations familiales et de logement, et l’aide au handicap.
Part du revenu consacrée au logement ou à un abri temporaire
Même sans logement personnel, une part significative du revenu peut financer un hébergement temporaire : CHRS, nuitées à l’hôtel ou autres abris qui ne sont pas toujours gratuits.
On dénombre environ 10 % de personnes en situation d’endettement.
Fait marquant : Le reste à vivre des personnes accueillies — c’est-à-dire leur revenu après paiement du loyer et des charges associées — est relativement stable : ≈ 300 € restent ensuite disponibles, par unité de consommation, pour couvrir les dépenses primaires.
Deuxième partie
Déterminants des flux d’entrée et de sortie
La seconde partie de notre analyse va au-delà de ces statistiques descriptives brutes et étudie les déterminants des flux d’entrée et de sortie de la précarité alimentaire et résidentielle. Les centres des Restos étant présents partout dans le pays, nous pouvons corréler ces flux d’entrée et de sortie aux variations géographiques des conditions macroéconomiques locales afin d’estimer leurs rôles respectifs dans la formation et la persistance de la pauvreté.
Nous avons pour cela collecté de nombreuses données annuelles à l’échelon du bassin de vie : le taux de chômage, le revenu moyen, l’inflation alimentaire et locative, le nombre et la création d’entreprises, les secteurs industriels, la disponibilité des logements sociaux, la capacité des hébergements d’urgence, les conditions météorologiques, etc. Pour les flux de sortie de la pauvreté, nous sommes également en mesure d’estimer l’impact des caractéristiques individuelles, par exemple les variables démographiques et socio-économiques des ménages.
Notre analyse empirique consiste à exploiter le fait que les variables économiques varient de manière différente sur le territoire au cours du temps ; par exemple, la carte du chômage ne coïncide pas avec celle des loyers, et elle évolue de manière différente d’année en année. Cela nous permet d’isoler et d’estimer indépendamment l’effet de chaque variable économique sur la proportion de ménages qui entrent dans la précarité alimentaire ou le sans-abrisme, ou qui en sortent, chaque année.
Pour donner un exemple concret de la façon dont nous estimons ces effets, la carte ci-dessous représente le nombre de personnes sans abri par millier d’habitants et par bassin de vie en 2022–2023. Elle permet aussi de visualiser d’autres agrégats : le niveau des loyers, le taux de chômage, etc.
Survolez un territoire pour obtenir des détails ; recherchez-le pour zoomer.
Fait marquant : La grande pauvreté présente une dimension territoriale forte. Elle est davantage présente dans les espaces urbains et notamment les centres-villes : environ 50 % des personnes concernées vivent en centre-ville, contre 30 % de l’ensemble de la population française, ce qui témoigne d’une forme de paupérisation des centres-villes. Pour autant, la pauvreté n’est pas uniquement urbaine : 30 % des centres de distribution des Restos du Cœur et près de 20 % des personnes accueillies sont situés en zone rurale ou dans des villes isolées.
Déterminants des flux d'entrée et de sortie · Question 6
6. Quels sont les déterminants macroéconomiques des flux d'entrée?
Le premier résultat empirique important que nous obtenons consiste à quantifier l'impact des chocs économiques et de certaines politiques publiques sur les flux d'entrée dans la précarité alimentaire et résidentielle. Nous observons que ces effets sont très élevés et statistiquement significatifs. Les principaux déterminants économiques des flux d'entrée dans l'extrême pauvreté sont, d'une part (avec un signe positif), le taux de chômage et l'inflation des loyers, et d'autre part (avec un signe négatif), le revenu moyen du bassin de vie, le stock de logements sociaux, et le nombre d'entreprises (notamment dans certains secteurs).
Fait marquant : Une hausse de 10% du taux de chômage entraîne, toutes choses égales par ailleurs, une augmentation d'environ 10% du nombre de personnes sans-abri ou en situation de précarité résidentielle, et de 13% pour la précarité alimentaire.
Les effets de plusieurs variables économiques sur l'entrée dans la précarité résidentielle sont représentés sur la figure ci-dessous à gauche. Le panneau de droite permet de simuler l'impact de certaines variables économiques sur l'entrée dans la précarité résidentielle à l'échelle des bassins de vie.
Estimations des entrées dans la précarité résidentielle.
Élasticités et intervalles affichés
Lecture : si les loyers privés augmentent de 1 %, le nombre de personnes en situation de précarité résidentielle augmente d’environ 0,42 %, toutes choses égales par ailleurs.
Lorsqu’un intervalle ne croise pas zéro, l’effet est statistiquement significatif avec un niveau de confiance supérieur à 90 %.
Un choc local peut provoquer rapidement de nouvelles entrées.
Une variation de :
Intervalle de confiance : [+5,8 % ; +13 %].
Déterminants des flux d'entrée et de sortie · Question 7
7. Quels sont les déterminants macroéconomiques des flux de sortie?
Considérons maintenant les individus qui sont déjà tombés dans la pauvreté. Quelles sont les variables, macroéconomiques ou de politiques publiques, susceptibles de les aider à s'en sortir ? L'un des résultats les plus frappants de notre analyse est qu'aucune variable macroéconomique n'a d'impact économiquement ou statistiquement significatif robuste sur les taux de sortie de la précarité alimentaire ou résidentielle. En d'autres termes, et c'est là le point le plus important de notre étude, les récessions poussent les ménages vers l'extrême pauvreté à des rythmes bien plus élevés que la reprise ultérieure ne les aide à en sortir.
Fait marquant : Les taux de sortie de l'extrême pauvreté ne réagissent que très peu aux fluctuations de l'activité économique ; les variations de la précarité alimentaire et de la précarité résidentielle au cours du cycle économique (récessions et périodes de croissance) sont en très grande partie déterminées par la marge d'entrée, même si leur niveau moyen dépend fortement des flux de sortie.
Ces résultats suggèrent que les politiques publiques agissant sur les marchés du travail et du logement sont en mesure d'aider à prévenir les basculements dans la grande pauvreté, mais n'ont que peu d'effet pour aider à en sortir ceux qui y sont déjà tombés ; aider ceux-ci nécessite plutôt des interventions ciblées et adaptées aux situations personnelles des individus.
Les effets de plusieurs variables économiques sur la sortie de la précarité résidentielle sont représentés sur la figure ci-dessous à gauche. Le panneau de droite permet de simuler l'impact de certaines variables économiques sur les sorties de la précarité résidentielle à l'échelle des bassins de vie.
Estimations des sorties de la précarité résidentielle.
Élasticités et intervalles affichés
Lecture : dans cette spécification, si les loyers privés augmentent de 1 %, le nombre de personnes sortant de la précarité résidentielle augmente d’environ 0,14 %, toutes choses égales par ailleurs.
Un intervalle qui ne croise pas zéro est présenté comme statistiquement significatif, avec un niveau de confiance supérieur à 90 %.
Les mêmes variations locales modifient peu les sorties.
Une variation de :
Intervalle de confiance : [−2,3 % ; −0,2 %].
Déterminants des flux d'entrée et de sortie · Question 8
8. Quels sont les déterminants individuels des flux de sortie?
Si les variables et politiques économiques ne favorisent pas la sortie de l'extrême pauvreté, quels facteurs déterminent ces flux ? Les déterminants clés en sont les caractéristiques individuelles ou du ménage. En premier lieu, l'âge d'un individu a un effet important sur ses chances de se remettre sur pied. Deuxièmement, le revenu du ménage joue un rôle évidemment important. Enfin, le déterminant le plus important du taux de sortie de l'extrême pauvreté est le nombre de campagnes qu'un ménage a déjà passées aux Restos. Les économistes appellent cela une dépendance à la durée : plus le temps qui s'est écoulé depuis sa première entrée aux Restos est important, moins le ménage a de chances d'en sortir.
−10 points de taux de sortie par campagne
Le taux de sortie passe d’environ 32 % chez les moins de 25 ans à 22 % chez les 65 ans et plus.
+10 points de taux de sortie par campagne
Cette variation est calculée par unité de consommation : un taux moyen de 32 % passerait ainsi à environ 42 %.
32 % → 22 % de taux de sortie par campagne
Après au moins trois ans aux RDC, le taux de sortie baisse d’environ 10 points par campagne.
Déterminants des flux d'entrée et de sortie · Question 9
9. Quels chocs économiques expliquent l'augmentation récente de la précarité résidentielle?
Enfin, nous utilisons les résultats empiriques que nous venons de décrire pour répondre à la question suivante : quelle fut l'importance de l'évolution de l'inflation (des prix et des loyers) et du chômage dans l'augmentation de l'extrême pauvreté que nous avons vécue au cours des dernières années ? Pour cela, nous proposons l'exercice suivant. Nous calculons les flux d'entrée et de sortie dans le sans-abrisme qui se seraient produits si l'une de ces variables (par exemple, le niveau des prix) était restée fixe à son niveau de 2018 — tout en laissant les autres suivre leur cours réel.
Fait marquant : Nous concluons que toutes choses égales par ailleurs, l'inflation est responsable de plus de la moitié (52%) de la hausse spectaculaire de la précarité résidentielle depuis 2018.
Hausse de la précarité résidentielle depuis 2018
Si les prix étaient restés à leur niveau de 2018, le modèle estime que la hausse de la précarité résidentielle aurait été de 29 %, au lieu des 61 % observés.
La baisse du chômage a freiné la précarité résidentielle
Si le chômage était resté à son niveau de 2018, le modèle estime que le nombre actuel de personnes sans abri serait supérieur de 12 %.
Conclusion
Prévenir tôt. Accompagner dans la durée.
Les données des Restos du Cœur nous permettent d'apporter de nouveaux éléments empiriques sur l’extrême pauvreté dans une économie de marché développée comme la France. La prévention est le levier de politique publique le plus puissant, à travers notamment la stabilité du marché du travail, l’offre de logements à prix abordables et la stabilité des prix. Pour les ménages déjà tombés dans l’extrême pauvreté, les conditions économiques agrégées aident peu ; ce qui compte est d'apporter un soutien précoce et ciblé, avant que la dépendance à la durée ne rende la sortie de la précarité alimentaire et résidentielle de plus en plus difficile.
Concluons sur un point subtil mais important concernant la mesure de la pauvreté. Les personnes accueillies par les Restos ne sont pas admises sur des critères de revenu mais selon un critère de reste à vivre, c'est-à-dire une mesure de consommation. Par définition, ils appartiennent à des ménages qui se désignent eux-mêmes comme ayant besoin d'aide alimentaire. Ce critère nous permet d'étudier la pauvreté d'une manière bien plus pertinente qu'en se fondant uniquement sur des données de revenus, qui peuvent être trompeuses (par exemple, un même revenu peut être suffisant pour se loger en zone rurale mais pas à Paris).
Leçon pour les politiques publiques :
Prévenir les entrées
Stabiliser l’emploi, contenir les dépenses contraintes et développer une offre de logements abordables.
Intervenir sans attendre
La dépendance à la durée réduit les chances de sortie. L’analyse plaide pour une intervention précoce.
Cibler les situations
Les sorties dépendent davantage de l’âge, du revenu et de la durée de l’épisode que de la conjoncture locale.